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Le porno produit viols et traite des êtres humains

Maltraitances sexuelles, physiques et psychologiques, viols, prostitution donc traite des êtres humains. Le porno  serait-il un véritable esclavage ? Le Sénat n’en fait pas mystère, dès son introduction : « Ce rapport s’inscrit dans un contexte particulier, celui du traitement pénal, pour la première fois en France, de violences commises dans un contexte de pornographie sur des femmes victimes de graves maltraitances, sexuelles, physiques et psychologiques, perpétrées par des criminels de l’industrie pornographique, faisant aujourd’hui l’objet de diverses mises en examen, notamment pour viol, viol aggravé, complicité de viol avec acte de torture et de barbarie, traite des êtres humains aux fins de viol, proxénétisme ».

Céline Piques, porte-parole de l’association Osez le féminisme !, soulignait ainsi devant la délégation aux droits des femmes, le 20 janvier 2022 : « d’un point de vue juridique, les vidéos et leurs synopsis sont condamnables pour apologie de crime, de pédocriminalité, d’inceste, de haine raciale ou de lesbophobie. Ce sont toutes des incitations à commettre des crimes, punies par la loi. Les plateformes pourraient être poursuivies pour le caractère illégal de ces vidéos. »

La procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, lors de son audition par la délégation le 15 juin 2022, a rappelé pour sa part que « les incriminations applicables aux sites pornographiques violents sont nombreuses : viol aggravé, agression sexuelle, actes de torture et de barbarie, traite des êtres humains, proxénétisme. La lutte contre ces infractions est significative car le milieu pornographique est quasi-exclusivement celui de la violence ».

Une porosité avérée entre le monde de la prostitution et celui de la pornographie

Le Sénat souligne d’ailleurs une porosité avérée entre le monde de la prostitution et celui de la pornographie. De nombreux experts auditionnés par la délégation dans le cadre de ses travaux sur l’industrie de la pornographie ont fait état cette évidente porosité. C’est ainsi qu’Elvire Arrighi, chef de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH) au ministère de l’Intérieur, a déclaré devant la délégation lors de son audition le 18 mai 2022, « la porosité entre le monde de la prostitution et celui de la pornographie est évidente. Mes enquêteurs, dans leur travail quotidien sur Internet pour démanteler des réseaux de proxénétisme, tombent très régulièrement sur des annonces vantant l’expérience des prostituées dans le domaine de la pornographie. Il y a un acronyme bien connu : PSE, à savoir porn star experience, ce qui veut tout dire. L’intersection est incontestable : celles qui sont exploitées dans le domaine de la prostitution le sont également régulièrement dans le cadre de la pornographie. »

Le caractère « prostitutionnel » de la pornographie

Sonny Perseil, docteur HDR en science politique, chercheur au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), a présenté à la délégation, lors de son audition le 3 février 2022, le résultat de ses recherches sur les « cadres de la pornographie » et fait état du caractère prostitutionnel de la pornographie : « quand des personnes acceptent contre rétribution de réaliser des prestations sexuelles – ce qui est le cas parfois pour des films présentés par leur marketing comme amateurs –, on peut commencer à parler de prostitution. En plus de ce premier niveau d’explication par la définition même de la prostitution en tant qu’acte sexuel tarifé, tout un faisceau d’indices a conduit à établir plus rigoureusement cette qualification prostitutionnelle. »

De la prostitution de rue aux “escorts girls” en ligne

Le rapport du Sénat souligne aussi que l’évolution des pratiques prostitutionnelles caractérisée, notamment, par un déplacement de la prostitution de rue vers la prostitution dans des appartements privés avec une mise en relation directe du client et de la personne prostituée via des sites de petites annonces, alimente les liens de plus en plus étroits qui existent entre l’activité prostitutionnelle et la pornographie. Ainsi que le soulignait également Sonny Perseil devant la délégation du Sénat le 3 février 2022, « en France, l’activité prostitutionnelle a largement abandonné la rue pour investir en masse les sites Internet d’escorts. S’agissant de ces derniers, il est intéressant de noter l’influence de la pornographie sur l’offre de services sexuels, l’acronyme PSE – Porn Star Experience – décrivant bien la tendance des prostituées comme des clients d’offrir et de demander, sur le marché des échanges économico-sexuels, des performances autrefois réservées aux hardeurs. Ainsi, l’activité pornographique paraît avoir un effet direct sur le marché de la prostitution. »

Les webcams, hybridation emblématique entre prostitution et pornographie

Le chercheur Sonny Perseil a également évoqué l’apparition récente d’une forme alternative de commercialisation de contenus pornographiques sur Internet : les webcams qu’il a qualifié d’activité « emblématique car parfaitement hybride entre prostitution et pornographie. Si le client reste devant son écran, afin d’obtenir une forme de jouissance, il a la possibilité de guider et de solliciter des actes sexuels accomplis par une hôtesse. Ce n’est pas la première fois que des contacts directs entre un client et une actrice pornographique sont constatés. (…) cette systématisation de l’interaction entre un client extérieur au champ professionnel de la pornographie et une femme qui joue devant son écran avec les usagers – en leur parlant, en exécutant leurs demandes sexuelles personnalisées, seule, avec des accessoires ou des partenaires – finit de démontrer la confusion entre pornographie et prostitution. »

Porno et traite des êtres humains, deux univers poreux

Sur le terrain, l’enquête du journaliste Robin D’Angelo, auditionné par la délégation, a également révélé des liens évidents entre pornographie et prostitution, ainsi qu’il en faisait état devant la délégation le 17 février 2022 : « j’ai recueilli beaucoup de témoignages de femmes en situation de prostitution, à qui un client a proposé de rencontrer une connaissance qui produit du porno. C’est ainsi qu’on passe d’un univers à l’autre. Les producteurs ont pour objectif de toujours recruter de nouvelles femmes pour alimenter en permanence le flux des tubes.

Lorsque des sites web publiaient des annonces de prostitution, ils allaient contacter en masse les femmes qui se prostituaient sur ces sites pour les recruter. La passerelle est évidente. D’ailleurs, beaucoup d’actrices pornographiques ne peuvent pas vivre uniquement de ces tournages et officient en tant que gogo danseuses dans des boîtes de nuit, ou se prostituent à côté. Le “ travail du sexe ” est à 360 degrés. Les liens sont très forts ».

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Proxénétisme 2.0 : le business vertigineux des plateformes porno

Dans son rapport choc l’Enfer du décor, le Sénat français donne des chiffres vertigineux sur le business lucratif du porno et fait le lien avec un proxénétisme 2.0. Certaines plateformes ont vu leur fréquentation augmenter de 75 % en 2020, avec un chiffre d’affaires en pleine explosion ! Extraits.

Le bandeau “interdit au -18 ans” est la plupart du temps purement théorique.

Auditionnée le 20 janvier 2022, Céline Piques, porte-parole d’Osez le féminisme ! a indiqué aux membres de la délégation du Sénat que « tout un pan de la pornographie et de la prostitution se développe aujourd’hui sur des plateformes alternatives, le proxénétisme 2.0. À l’origine, les consommateurs payaient pour accéder à des comptes de célébrités publiant des contenus “exclusifs”. Ces vidéos font littéralement de la publicité pour la prostitution et la pornographie. Elles incitent les jeunes filles, parfois mineures, à ouvrir un compte. Vous commencez à faire de la “cam” porno, ou des vidéos à caractère sexuel, les proxénètes et clients prostitueurs y recrutent ensuite des mineures ou des jeunes femmes. Un débat a porté sur le fait que ces plateformes deveraient bannir les contenus sexuels, ils ont failli le faire en octobre dernier, mais ils ont fait machine arrière en se rendant compte que leur business model allait s’effondrer s’ils le faisaient. »

Twitter et Instagram servent de filets

Le modèle économique de ces nouvelles plateformes numériques permettant le partage de contenus pornographiques est très différent de celui des “tubes” : les personnes qui détiennent un compte sur ces plateformes peuvent mettre en ligne leurs propres vidéos à caractère sexuel, souvent filmées avec un simple smartphone, et les vendent directement aux consommateurs, soit à l’unité soit via un système d’abonnement. La première plateforme mondiale (dont on taira le nom pour ne pas lui faire de publicité) et qui héberge ces contenus, prélève une commission estimée entre 20 et 50 % des revenus générés par leur diffusion. Ainsi, cette plateforme propose le plus souvent à ses utilisateurs de s’abonner à des profils de « personnalités » afin de leur donner accès à des contenus pornographiques “exclusifs”, pour un tarif pouvant varier de 4,99 à 49,99 dollars par mois en moyenne ! Les producteurs de contenus invitent généralement leurs abonnés à les rejoindre sur cette plateforme depuis d’autres sites ou réseaux sociaux tels que Twitter ou Instagram…

Entre 500 et 1 million de femmes se prostituent sur Internet avec le business du porno

Des enfants aussi vendent des vidéos explicites via les plateformes porno (lire plus bas).

Dans un article daté du 22 mai 2020, publié sur le site capital.fr, intitulé : « Les secrets des GAFA du sexe », le journaliste Jacky Goldberg indique au sujet de ces nouvelles plateformes de partage de contenus personnalisés : « le marché de ces sites, surnommés clipsites ou fansites, est estimé pour l’instant à 0,5 milliard de dollars, mais il ne cesse de croître. (…) les candidates sont chaque jour plus nombreuses. “Il y a dans le monde entre 500 000 et un million de femmes qui vivent de ce business du porno”, calcule un PDG d’hébergeur de porno, c’est colossal ». Le journaliste poursuit en précisant qu’une des utilisatrices de la plateforme lui a révélé que son seul compte sur cette plateforme lui avait rapporté, en 2019, 150 000 dollars une fois retranchés les 20 % de commission et que, pour toucher une telle somme dans le circuit classique de la pornographie, il lui aurait fallu tourner 100 scènes à son tarif habituel de 1 500 dollars.

Lors de la table ronde du 3 février 2022 autour de chercheurs et de juristes sur la production de contenus pornographiques, Béatrice Damian-Gaillard, docteur HDR en sciences de l’information et de la communication, professeure à l’Université Rennes 1, chercheuse à Arènes (laboratoire CNRS), a précisé devant la délégation que « les acteurs et actrices comptent de plus en plus sur les revenus qu’ils tirent, non plus des contrats avec les studios, mais des rémunérations qu’ils ou elles reçoivent sur leurs comptes personnels depuis les plateformes. Les montages juridiques et économiques des structures vont donc aujourd’hui d’acteurs qui sont autoentrepreneurs à des groupes multinationaux. »

Un chiffre d’affaire de 2,5 milliard de dollars et 5 milliards reversés aux créateurs de contenus porno

Fondée au Royaume-Uni en 2016, la première plateforme mondiale de partage de contenus porno, qui visait à l’origine des fans de musique en leur proposant de suivre au plus près leurs artistes préférés, a commencé à attirer les producteurs de contenus à caractère sexuel et pornographique après son rachat en 2018 par le propriétaire d’un site de streaming vidéo pour adultes. Aujourd’hui, la plateforme affirme verser annuellement plus de 5 milliards de dollars à ses 1,5 million à 2 millions de créateurs de contenus dans le monde. Cette plateforme a vu sa fréquentation augmenter de 75 % en 2020, bénéficiant notamment de la crise sanitaire et des confinements successifs à travers le monde. Son audience serait aujourd’hui proche des 200 millions de visiteurs mensuels. En outre, selon des projections publiées en mars 2021 par son propriétaire, la plateforme projetait de passer d’un volume de transactions de 2,2 milliards de dollars en 2020 à près de 6 milliards de dollars en 2021 et 12,5 milliards de dollars en 2022, son chiffre d’affaires devant également être multiplié par cinq pour atteindre 2,5 milliards de dollars en 2022 !

9 millions d’utilisateurs pour la principale plateforme française

Ainsi, des sites construits sur ce modèle avec un fonctionnement similaire basé sur un système d’abonnement pour un accès à du contenu “exclusif” pornographique se multiplient, attirés par les revenus exponentiels générés par ce type d’activités. C’est le cas par exemple d’une célèbre plateforme française proposant également du contenu exclusif à caractère pornographique : créée en 2019, elle a vu son nombre d’utilisateurs plus que doubler en 2020 et en recense à ce jour près de 9 millions, d’après des données publiées par le journal Le Monde au mois de septembre 2022.

Des plateformes qui se multiplient

De nombreuses autres plateformes analogues ont été créés pour faire concurrence à la première plateforme mondiale, qui continue toutefois à dominer le marché de la monétisation de contenus pornographiques sur Internet. Si ces sites exigent d’avoir plus de 18 ans pour être en mesure d’ouvrir un compte et de partager du contenu, il n’est pas rare(!) que des mineurs parviennent à ouvrir un compte et à créer du contenu à caractère pornographique en utilisant une fausse identité ou en usurpant l’identité d’autrui, comme l’a révélé une enquête britannique de la BBC, publiée le 27 mai 2021, intitulée Les enfants qui vendent des vidéos explicites via les plateformes porno.

« La multiplication de ces plateformes pose donc question en matière de protection des mineurs et de lutte contre la prostitution en ligne des mineurs », conclut le rapport sénatorial. Il serait pourtant très simple de mettre fin à ce proxénétisme 2.0 en interdisant l’accès à ces plateformes via les différents fournisseurs d’accès à Internet et principaux les moteurs de recherche, comme le font certains pays sur d’autres sujets.

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Pour aller plus loin :

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Porno : proxénétisme, violences… l’enfer du décor

Le Sénat publie mercredi 28 septembre 2022 un rapport choc de 189 pages sur l’industrie du porno, ayant pour titre “L’enfer du décor” : proxénétisme, pratiques violentes, humiliantes, sans consentement (viols…). Le constat est accablant. 

Aujourd’hui en France, 20 millions de visiteurs uniques visitent chaque mois un site porno. En outre, 80% des mineurs ont déjà vu des contenus pornographiques et, à 12 ans, près d’un enfant sur trois a déjà été exposé à de telles images. Une recherche sur huit sur un ordinateur concerne de la pornographie, et sur smartphone, c’est une recherche sur cinq. (Une véritable addiction qui demande des plateformes comme SOSPorno pour permettre de s’en sortir !).

Dans un contexte où de nombreuses dérives et des pratiques de plus en plus extrêmes, violentes et dégradantes dans le milieu de la pornographie ont été révélées par la presse et dénoncées, ce rapport explosif du Sénat se penche notamment sur le fonctionnement et les pratiques de l’industrie pornographique, les conditions de tournage des actrices et acteurs (proxénétisme), les représentations des femmes et de la sexualité véhiculées ainsi que sur l’accès, de plus en plus précoce, des mineurs aux contenus pornographiques et ses conséquences.

Pendant plus de six mois, la délégation a mené des travaux sur l’industrie pornographique : des dizaines d’heures d’auditions, une analyse des contenus pornographiques disponibles en ligne aujourd’hui, le recueil de données chiffrées, le recours à une étude de législation comparée…

Le porno, machine à broyer les femmes

Les rapporteures présentent le tableau sombre que ces travaux ont permis de dresser : « Le porno est une machine à broyer les femmes »,expliquent les sénateurs, « Ce qu’on a vu, entendu, c’est absolument abject » affirme ainsi une sénatrice à Ouest-France. Elles espèrent alerter le gouvernement et l’opinion publique sur les violences massivement perpétrées et véhiculées par et dans l’industrie pornographique, ainsi que sur les représentations sexistes que promeut aujourd’hui ce business mondial du sexe lié au proxénétisme. Ainsi, pour le Mouvement du Nid, qui s’occupe des personnes prostituées, « le porno, c’est du proxénétisme à l’échelle industrielle ».

L’industrie du porno colonise les cerveaux

« Ce qu’on veut dire, résume une des sénatrices, c’est que l’industrie du porno est toxique dans son mode de fabrication et de consommation. Elle colonise les cerveaux. » Pour les rapporteuses, « on doit prendre conscience que c’est un problème de politique publique, il faut arrêter de détourner les yeux ».

Elles s’alarment tout particulièrement de l’accès facilité, démultiplié et massif des adultes à des contenus pornographiques de plus en plus violents et toxiques, y compris pour les mineurs.

Elles appellent à une prise de conscience sur ces violences systémiques et à mettre un terme au déni et à la complaisance dont bénéficie encore l’industrie du porno.

Pour ces sénatrices, il y a urgence à engager un large débat public sur les pratiques de cette industrie, afin de lutter, sur la base de leurs recommandations, contre les violences du porno et leurs conséquences.

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Pour aller plus loin :